La capture de l'aviateur Pavenzinger et de son Messerschmitt

Le 28 septembre 1939, un Messerschmitt Bf-109 81 dit le « 9 rouge » appartenant à la deuxième escadrille du I/JG 51, parti de Spire avec Georg Pavenzinger aux commandes, se posa en panne d'essence sur les hauteurs de Geudertheim. À peine posé au sol, et comme ses instructions l'y obligeaient, Pavenzinger entreprit de détruire son appareil et les documents qu'il transportait avec lui.

 

Philippe Ritter, un jeune garçon du village, âgé d'à peine 17 ans, qui était alors dans les champs de pomme de terre, courut vers l'avion ennemi avec sa fourche. Il parla quelques courts instants avec le pilote, et réalisant ce qui allait se passer, se précipita sur son vélo pour aller prévenir les soldats français. C'est grâce à son intervention que le pilote put être capturé, ainsi que l'avion, intact.

Quelques semaines plus tard, le jeune Philippe eut l'agréable surprise de se voir décerner des mains du général Bourret, commandant la 5e Armée, lors d'une prise d'armes à Brumath, la Croix de Guerre, la première décernée à un civil pendant le conflit.

Ce Messerschmitt fut le premier capturé par l'armée française, qui n'en saisit que quatre au total. Il s’agissait d’un avion à réaction révolutionnaire tout autant que les missiles V2 du 3e Reich. Tous les appareils « pris à l'ennemi » pendant la Campagne de France furent acheminés par les airs à destination d'Orléans où ils étaient rassemblés pour étude.

C'est le capitaine Constantin Rozanoff (célèbre comme pilote d'essai chez Marcel Dassault) pilote d'essai au Centre d'Essais des Matériels Aéronautiques depuis 1935, qui fut chargé par l'armée de l'Air d'assurer ces transports. En raison de son expérience, il fut chargé de ramener l'avion de Georg Pavenzinger en hiver 1940. De justesse, il faillit être abattu par ses collègues.

Georg Pavenzinger de son côté, passa l'hiver 39-40 dans un camp de prisonniers à Lunéville, puis fut libéré par la défaite française de 1940. Il participera plus tard à la bataille d'Angleterre. Quant à Philippe Ritter, il connaîtra l'incorporation de force en 1942, avant de déserter l'armée allemande en septembre 1944 et de se cacher jusqu'à la Libération. Il est décédé en juillet 1997.

« On me redonna l'occasion de piloter un Me 109 qui s'était posé à court d'essence. En survolant le terrain, au retour, je ne pus résister au plaisir d'effectuer un petit festival d'acrobaties. Je m'offrais retournements, tonneaux, Immelmann (looping à l'envers), passages sur le dos à petite altitude, oubliant tout à fait que mon coucou portait les croix noires allemandes, et combien étaient insolites ses évolutions sur un aérodrome français ».